Ma fenêtre est une porte

Publié le par traque traces

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Ma fenêtre est une porte. Ma porte est vitrée, c’est par là que je rentre et sors, c’est par là aussi que sort mon regard quand je suis assise chez moi, que je cherche l’extérieur depuis mon intérieur.
Quand mon regard sort, s’il n’est pas fort ce jour là il ne peut pas aller très loin. Il est tout de suite arrêté par un fouillis de vert et de jaune, des branches qui montent, d’autres qui croisent et retombent, comme une capsule végétale autour de ma porte, de ma fenêtre, comme un sas entre mon intérieur et l’extérieur. Mais s’ils veulent bien aller plus loin, ne pas se laisser tromper par cette illusion du vert, mes yeux retrouvent très vite la réalité de la ville derrière les branches.
Derrière les branches, 10 mètres plus loin seulement, il y a le crépi béton, souvent mouillé, d’un immeuble vieux, sur lequel courent des câbles électriques torsadés, tenus ensemble mal, dans un provisoire depuis longtemps périmé. Court aussi une petite vigne qui s’accroche au crépi, et tache de rouge le gris du crépi, en septembre. Puis elle s’épuise, se défeuille, ne reste que le gris. De l’immeuble béton, on voit surtout la porte toujours ouverte sur un couloir traversant, un endroit de courant d’air, d’obscurité.
Sur la gauche, une fenêtre coquette, maquillée d’un rideau de tulle grenat, souvent ouverte sur le fouillis de vert, et derrière la fenêtre la chevelure blonde de ma voisine fumant des cigarettes fines et blanches, en caressant son chat.
A droite,  les volets de fer sont toujours fermés, jour et nuit ils sont fermés, et qui dort derrière je ne sais plus bien, ça change souvent, ce sont plusieurs hommes, travailleurs, étrangers, ils dorment derrière ces volets toujours fermés, dans une seule pièce ils dorment à plusieurs, et parfois le soir on les entend qui discutent sur le pas de l’immeuble, fumant des cigarettes en regardant le fouillis de vert devant eux, le fouillis de vert qui nous sépare.
Si mon regard monte il ne peut pas monter jusqu’au ciel, seulement jusqu’au deuxième étage de ce petit immeuble gris béton, jusqu’au deuxième et dernier étage. Les fenêtres, tantôt ouvertes tantôt fermées, tantôt éteintes tantôt éclairées, tantôt silencieuses tantôt pleines de cris, de musique trop forte. Au premier étage, à droite, s’accrochent depuis maintenant sept ans, sur la balustrade, un petit camion d’enfant en plastique, et une couverture que mouillent toutes les pluies.

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