Lever le rideau - consignes et texte tremplin

Publié le par traque traces

  HPIM6748

 

Nos fenêtres, nous sommes seuls à pouvoir les ouvrir. Regarder le monde de sa fenêtre, pour faire les premiers cadrages, découper un morceau de réel, le considérer du coup pas si subi que cela, voir ce qui entre du monde dans notre intérieur... Après avoir fait émergé le plus intérieur de nos sacs.

Telle était la consigne de cet atelier d'écriture.

Elle s'est appliquée deux fois :

- décrire tout d'abord, de mémoire, sa fenêtre à soi, la vue de sa fenêtre à soi, celle qu'on a tous les jours sous les yeux et qu'on fini par ne plus regarder, voir ce qu'il en reste, ce qui touche dans cette portion de monde indéfiniment à disposition. Deux articles pour rendre compte de ce travail : textes produits en classe, et ma propre fenêtre

 

- décrire ensuite, premier déplacement vers la fiction, une autre vue depuis fenêtre, celle d'un personnage existant à peine, non pas inventé mais pour chacun échu, selon une procédure aussi précise qu'échevelée, et décrite ici.

 

 

Le texte tremplin, il fut directement puisé dans la mine d'or Ecrire la ville, propositions d'atelier d'écriture sur la ville, conçues par François Bon à l'invitation de la Bibliothèque nationale de France

 

Raymond Bozier, Fenêtres sur le monde

« Hôtel, 7e étage »
Comme à chaque fois qu’il pénètre dans une nouvelle chambre d’hôtel, le voyageur solitaire éprouve le besoin de regarder par la fenêtre et de s’assurer du dehors. Le volet est fermé. Pour l’ouvrir, il faut tirer sur une ceinture à enrouleur. En dépit de l’heure tardive et du bruit qui va suivre, le voyageur décide malgré tout de lever le rideau. A peine a-t-il commencé de soulever cette sorte de paupière murale, qu’il se surprend à espérer, de façon totalement irraisonnée, que les choses présentes de l’autre côté de la paroi ne soient pas telles qu’il a l’habitude de les voir. Qu’au lieu d’une multitude de cases rectangulaires, plus ou moins éclairées, (...) de boîtes à demi-transparentes, illuminées de l’intérieur, entassées les unes sur les autres, et comme abandonnées dans les airs par des collectionneurs insouciants, il soit soudain confronté aux apparences d’une montagne, d’un lac, d’une mer, d’une prairie ou d’une forêt tropicale éblouissante de verdure, parfumée de fleurs rares, exsudant de senteurs humides, résonnant de chants d’oiseaux, de cris d’animaux sauvages, d’insectes…. […] Mais le regard, habitué aux soubresauts intempestifs de l’imaginaire, aux glissements tectoniques du cerveau, se charge très vite de ramener l’égaré à la raison du moment et de l’obliger à admettre la seule réalité qui soit : celle des immeubles, des rues, des éclairages, toute cette immensité urbaine qui rejette, en même temps qu’elle engloutit, celui qui l’observe.
Malgré les millions d’habitants qui peuplent la ville, aucune silhouette n’est visible ni dans les appartements ni dans les rues ni dans les véhicules roulant sur le périphérique. Spectateur d’un théâtre sans marionnettes, le voyageur solitaire n’a pour seule consolation que les éclaircies roses et sales filtrant à travers les nuages bleu foncé de l’horizon, les rangées de lampadaires qui diffusent, selon les secteurs, des lumières orangées ou blanchâtres sur les trottoirs et les capots des voitures en stationnement. L’asphalte luit. Les étoiles sont invisibles. Les feux d’un avion de ligne clignotent très haut dans le ciel. Un pont routier, coupé en deux par une ligne blanche et traversé à son entrée par un passage piéton, enjambe le périphérique. Le contraste est saisissant entre le flot rapide et intarissable des voitures, et cette rue sinueuse et déserte qui, passé le pont, disparaît entre les immeubles.

« Impresses »
les parfums des saisons
les papillons de nuit
la mauvaise haleine des villes
les relents de campagne et de pelouse fraîchement tondue
les bruissements de feuillage d’un arbre proche
la chute lente et miraculeuse de la neige
le claquement d’un volet
le martèlement de la pluie sur les carreaux
les voix des passants
le va-et-vient assommant des voitures
les lumières changeantes du jour
l’éclairage artificiel des nuits urbaines
la lune et les nuages emportés par le vent
la prolifération du vide autour du crâne
les façades
le besoin d’épier ses semblables
les reflets intérieurs des postes de télévision le soir
la lumière orange des lampadaires au sodium
le goudron des rues, les bordures en ciment des trottoirs

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